Voici l’ensemble de l’article partie 1, partie 2 et partie 3.
Voici donc les questions et mes réponses :
Il s’agit de ma perception, sans aucun doute subjective, biaisée, et incomplète…et elle n’engage que moi
1) Pensez-vous que la France ait changé d’image (depuis Nicolas Sarkozy) ? Comment définiriez-vous ce nouveau visage? S’agit-il pour vous d’un concept médiatique ou d’une réalité?
L’avènement de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république est un véritable tournant à de nombreux points de vue. Si la question concerne uniquement le changement d’image de la France, alors ma réponse ne peut être que OUI, l’image de la France s’est vue changée par la présidence Sarkozy.
Une communication state of the art qui fait de nombreux emprunts aux campagnes anglo-saxonnes
Président du changement, président de l’effort, président de l’espoir… il serait le président de l’avenir en marche. Le candidat Sarkozy a su donner une réponse simple (simpliste ?) et claire aux peurs des français.
Il a su répondre, avec cette franchise étudiée qui le caractérise, aux inquiétudes des français : mondialisation, étrangers, immigration, délinquance, société en déclin, société qui se bat la coulpe, pouvoir d’achat, méritocratie républicaine…
Une réponse : « ensemble tout devient possible ».
Contrairement à ses prédécesseurs, Sarko n’a pas eu peur de capitaliser sur les techniques de communication/ marketing modernes avec l’efficacité que l’on sait. Il a su utiliser tous les médias. Il a su habilement instrumentaliser les plus sombres peurs et émotions humaines pour vendre son produit (lui-même). Il a compris la portée du verbe et choisi ses mots avec génie.
Somme toute, ce fut un candidat- marketeur de très grand talent.
Teasing : Devant sa glace chaque matin le candidat Sarkozy rêve déjà de la présidence…
storytelling marketing : C’est une histoire simple. Un homme bercé par un rêve venu des Amériques. « Impossible is nothing ». C’est l’histoire d’un homme qui croyait vraiment qu’il ne chassait pas des moulins en voulant changer le monde. vous acceptez de croire à son rêve alors …ensemble tout devient possible.
evangelical marketing : Croire en moi c’est croire au changement. Il ne s’agit pas d’un programme, il ne s’agit pas de promesses, il s’agit d’un acte de foi. Faites le et vous verrez bien… qui m’aime me suive !
marketing de l’émotion : Mais vous voulez quoi ? Que je laisse ces pauvres femmes se faire lapider parce qu’elles veulent simplement être libres ? Mais vous croyez quoi ? Que je vais laisser ces voyous violer nos jeunes femmes, faire des tournantes, voler les honnêtes travailleurs ? Mais vous vous imaginez quoi ? Que je vais laisser cette racaille abimer notre belle république ? On va nettoyer tout cela au Karcher !
Disruption : “Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire [...]. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin [...]. Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie perdu de l’enfance [...]”
Marketing collaboratif : Ensemble tout devient possible, ouverture à gauche, e-petitions sur le site de l’UMP
On peut donc dire qu’en terme d’image, Sarkozy a réellement changé le visage de la France, en y suscitant le débat et l’émotion par une communication moderne et puissante. Il a réussi à détourner le regard vers lui, comme si aucune autre alternative n’existait réellement.Il est devenu l’homme (dont l’image incarne le) changement et non l’homme d’un programme axé sur le changement.
Le glissement du mot vers l’image est un basculement historique dans la façon de faire de la politique en France me semble-t-il.
Et pourtant lorsqu’on s’intéresse au fond, je n’ai pour ma part pas l’impression d’une rupture. Il me semble tout au contraire que nous assistons à l’un de ces moments de résurgence du débat société holistique Vs société d’individus dont l’historien Michel Winock nous suggère qu’elle vient tout droit de l’affaire Dreyfus…*Le siècle des intellectuels
Une démarche idéologique de droite assumée qui marque le retour puissant de valeurs Maurassiennes, with a twist pour les adapter aux temps modernes…
Face à la déchéance de notre belle société, face à cette violence qui fait irruption dans le quotidien, face a cet ennemi impalpable et polymorphe que l’on affuble tantôt du nom de « globalisation », tantôt du visage d’un « terrorisme islamiste », face à ces hordes de barbares qui nous prennent l’emploi et qui se comportent en voyous en volant nos maisons et la sécurité sociale, face à la culpabilité de l’histoire qui ronge la France, face au sentiment d’insécurité et au monde qui change il faut réagir…
J’avais déjà lu cela quelque part, quelque chose du même acabit. D’un coup cela m’a frappé. Il s’agissait du vieux discours Maurassien sur la société en déchéance et le retour « aux valeurs » qui redonnerait un souffle aux hommes et à la nation.

Encore cette idée selon laquelle l’ordre hiérarchique, la pensée venue d’en haut, l’identité nationale et la fierté nationaliste serait une solution aux maux des individus et de la société.
Cela se traduit par un ministère de l’identité nationale, une campagne sur l’insécurité, le refus de travailler avec les partenaires sociaux, un style de présidence autoritariste, des effets d’annonce, un président tour à tour ferme, thaumaturge, pater familias, compatissant, et omnipotent. Voila le retour, à peine masqué, à peine modernisé de l’ancien « travail, famille, patrie ».
Politique de changement certes mais le changement peut avoir des effets de recul.
Une stratégie internationale incomplète et peut-être désastreuse pour le rayonnement culturel et intellectuel de la France
En effet, pour ce qui concerne le nouveau positionnement international impulsée par la présidence, il me semble que la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy pourrait s’avérer désastreuse pour la France.
Si l’on considère que la France depuis le Général a toujours été au cœur d’une stratégie européenne forte qui a souvent permis d’offrir une alternative intéressante à l’atlantisme pur et dur… alors les amours anglo-saxonnes du président ne limitent-elles pas considérablement l’indépendance et le modèle alternatif que représentait la France en occident ?
Sur la forme et l’image, changement. Sur le fond évolution plutôt que révolution…et parfois régression …
2) Comment voyez-vous la France dans 10 ans ? Pensez-vous que le pays jouera un rôle prépondérant sur la scène internationale ou qu’il sera amené à s’effacer ?
Cette question est particulièrement complexe car elle implique une réponse prospective à de nombreux niveaux et une connaissance géopolitique que je ne prétends en aucun cas détenir :
Tant de facteurs rentrent en jeux. Si l’on considère (en dépit des théories en vogue de l’école de la globalisation) que l’on assiste au retour de l’état-nation et que face à la globalisation économique et pseudo-institutionnelle, les individus se raccrochent au familier, au défini, à la nation et à l’état….alors la France à un rôle primordial à jouer dans la prochaine décennie.
Elle pourrait être une réelle alternative au modèle anglo-saxon. Elle pourrait être un modèle économique et social innovant. Elle pourrait être au cœur d’une stratégie Européenne forte qui valoriserait les spécificités régionales et culturelles tout en donnant une impulsion économique et sociale à l’échelle de l’Europe.
De mon point de vue sans doute biaisé d’américaine, la France peut-être la clef de voûte d’un véritable projet Européen fort qui saurait rassembler les états-nations du vieux continent pour promouvoir un nouveau modèle économique et social respectueux de l’individu, favorisant une croissance autre, et pionnière dans la démarche du développement durable.
Bien entendu, pour cela, il faudrait éviter une stratégie d’alignement trop systématique avec les Etats-Unis. Position déjà largement préemptée par le Royaume-Uni d’ailleurs.
Bref, pour moi, la France a un rôle très important à jouer dans la prochaine décénie.